S’il vous plait, appelez le 119

numéro de téléphone 119

Les volets de la maison se ferment les uns après les autres, signe que l’enfer va débuter dans pas très longtemps.
De l’extérieur, la maison est toute proprette. Les parterres de fleurs sont alignés, les mauvaises herbes arrachées. Les dalles du chemin sont balayées, les cailloux blancs qui le bordent joliment alignés eux aussi. Les haies, devant la maison, sont taillées au carré, rien qui ne dépasse, ni au-dessus ni sur les côtés. Le gazon vert est tondu à trois centimètres de hauteur du sol. Un vrai gazon anglais, sans aucune fleur sauvage pour ternir l’horizon vert de ce vert immaculé. Au milieu, un magnifique pot en terre cuite ou débordent des géraniums blancs et rouges. Aucune fleur n’est fanée. Le tapis de l’entrée, dépoussiéré tous les vendredis matins, affiche un éclatant « bienvenue ».
La maison est belle. Petite maison dans un lotissement bourgeois comme beaucoup d’autres du même style où rien ne transparaît de l’immonde monstre qui vit à l’intérieur.
Au regard des voisins, c’est un homme serviable, bien poli, avec une bonne situation, un homme respectable, père d’une jolie petite famille. Une épouse discrète, d’une timidité maladive, pas très épaisse, quelque peu fantasque, car il lui prend de se promener avec des lunettes de soleil des jours de pluie, ou elle porte des colroulés, même en été. Mais elle a le cœur à l’ouvrage, normal, un si beau gazon cela s’entretient, balayer les escaliers tous les jours, accrocher des rideaux aussi blancs que la neige des hauts monts, ou cuisiner de vrais repas à l’odeur si alléchante. Son mari a beaucoup de chance de rentrer chaque soir et de profiter de ces petits plats si amoureusement mitonnés.
Et la petite, me direz-vous. La pauvre gamine est si pâle, si frêle. Elle ne supporte pas le soleil, la petite chérie. Elle donne tant de soucis à son papa que les voisins compatissent. De santé fragile, elle rate souvent l’école. Heureusement qu’elle rattrape ses cours. Son papa si aimant y veille, la preuve, il rencontre régulièrement ses professeurs pour faire le point et lui apporter ses cours et ses devoirs.

Mais moi je sais. Je sais que tout cela n’est qu’image et paraître. Moi je rencontre le monstre, je vis avec lui depuis plusieurs années. Moi je sais ce qui se passe lorsque les volets se ferment les uns après les autres, lorsque les lumières s’éteignent d’une pièce à l’autre. Je sais, car je vois la petite s’enfuir dans sa chambre en priant très fort pour que cette fois-ci, il l’oublie. Elle prie le bon Dieu, ses Saints et tous les autres pour que l’on vienne nous sauver. Pour que cette fois un miracle se produise. Mais elle a fini par douter du bon Dieu, de ses Saints et des autres, et ses prières ne sont plus que des mots prononcés, une sorte de litanie rythmant les moments à venir. Sa mère ne crie plus ou si peu, car les cris encouragent le monstre, même si cela fait très mal. La petite ne crie plus ou si peu, même si cela fait très mal, car les cris excitent le monstre.
Dans sa chambre, elle attend, me serrant tout contre son corps, si gracile. Elle attend son tour, assise sur la chaise de son bureau, se balançant d’avant en arrière pour chercher un réconfort qu’elle n’aura pas. Elle attend comme à chaque fois que les volets se ferment. Elle attend une douleur que personne n’arrête, que personne n’empêche.
Elle me pose sur son bureau, se déshabille et enfile un simple t-shirt. Elle a appris depuis longtemps que c’est comme cela qu’il la préfère, nue sous son t-shirt. En fonction du temps qu’il prendra avec sa mère, elle aura aussi droit à une bonne fessée, avec les mains ou la ceinture. Il aime la marquer avec sa ceinture, des traces bleu-violet dans le bas de ses reins et sur ses fesses. Les traces ne s’effacent jamais, il y a les anciennes, d’un jaune très clair, les plus récentes, rouges et vertes et il y aura les bleues-violettes, celles qui obligent à rester debout, car s’assoir ferait trop mal.
Ou peut-être que ce soir, il fera juste son affaire et s’endormira comme d’habitude dans son lit à elle.
Alors silencieusement elle se lèvera au milieu de la nuit, ouvrira la porte de la cave où le monstre aura enfermé sa mère et selon l’état de sa maman, elles nettoieront sans faire de bruit toutes les traces ou elle le fera toute seule. Elle veillera à ce que le carrelage soit blanc de blanc. Passera plusieurs fois l’éponge entre les joints pour qu’il n’y ait aucune goutte rouge sur les interstices. Les placards seront nettoyés, les fenêtres, les tapis. Pour plus de sûreté, elle refera le tour au moins deux fois, on ne sait jamais. Quand tout sera briqué, elle programmera la machine à café et ira se recoucher dans son lit, sa mère retournera sur le sofa de la cave. Il la tirera à lui et lui demandera si tout est bien propre. Elle lui répondra « oui, Monsieur ». Il lui dira « Bien, dors maintenant ». Entre ses bras, la petite ne s’endormira pas avant le matin, avant que le monstre ne se soit levé, aura enfilé son beau costume et sera parti une tasse de café chaud à la main, les enfermant toutes les deux, emportant toutes les clés avec lui. Pendant toute la nuit, elle me regardera, pleurant silencieusement pour ne pas le réveiller. Elle me fixera des yeux et j’essaierai du mieux de mon possible de lui apporter mon soutien immobile, souhaitant au plus fort de moi d’être plus qu’un simple ourson en peluche.

Témoignage de « ce truc infect qui n’est plus de ton âge », car je n’ai plus d’autre nom.

 

En 2017, ont été recensées 250 000 victimes de viol ou de tentative de viol :
              – 93 000 femmes
              – 15 000 hommes
              – 150 000 mineurs  en 2019 : 165 000
Le stade de France peut accueillir 80 000 personnes.
Le stade Vélodrome de Marseille peut accueillir 67 000 personnes.
Le stade Camp Nou de Barcelone, 99 000 personnes.

91 % des victimes connaissent leur agresseur.

En 2018, sur 34 000 personnes suspectées d’avoir commis des violences sexuelles moins de 5 800 ont été condamnées.

Dans les cas des enfants, 1 cas sur 5 des viols est commis par un proche.

S’il vous plait, appelez, car souvent ils ne savent pas le faire :
119 – téléphone enfance en danger
3919 – téléphone violence contre les femmes et les hommes.

Seul le silence sauve les monstres, pas les victimes.

Sources :

Beaucoup de statistiques sont diffusées sur les sites officiels, je préfère vous renvoyer vers des liens d’autres articles à lire :  

MademoiZelle :  https://www.madmoizelle.com/statistiques-viol-france-891007
RTL : https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/violences-sexuelles-le-nombre-de-plaintes-a-explose-en-france-en-2019-7799839073
France bleu : https://www.francebleu.fr/infos/societe/les-enfants-victimes-de-viol-et-violence-sexuelles-en-france-ont-en-moyenne-10-ans-1570427467

 

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